Salvador, Bara
le 29 Décembre 2011

Nuit tropicale, lourde et sombre, la
ville est grande. Les tours zèbrent la nuit de leurs lumières, la
mer noire comme le ciel marque son pouvoir en délimitant brutalement
là ou l'homme ne peut pas construire, seuls les faibles scintillements
des bateaux rappellent dérisoirement sa présence.
Sur la corniche ladera de Bara se
dresse d'un coté ces tours de luxe, puissantes, parfaites images
de leurs orgueilleux propriétaires. Le luxe ici veut de l'espace, le
summum étant atteint lorsqu'on a son étage à soi : ne pas voir
son voisin depuis sa terrasse, quel plaisir! Mais il faut quand même
se montrer, alors malgré la chaleur étouffante de la journée
quelques places de parking à l'extérieur sont nécessaires, ainsi la
voiture attribut indispensable de la richesse pourra être vue de
ses chers voisins.
Mais de l'autre coté de la route se
trouve la mer, et un petit filet de terre, tellement étroit que pas
grand chose peut y être construit. Seul s'y trouve des petites
maisons à la peinture écaillée. Une vielle rambarde blanche
sillonne cette corniche. Et là un noir y est assis, les heures
passent et il y reste tranquillement, de temps en
temps il change la position de ses jambes. Il regarde ces grands
immeubles en face de lui, il regarde les voitures passer. Qu'attend
t'il ? Rien bien sûr, il assiste impuissant au spectacle d'une une
vie qu'il aurait rêvée et qui l'ignore égoïstement.
